10.11.2008

Bar de soir espoir

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Tanjombato quartier magasin M station arrêt de taxi-bé ces minibus surchargés et souvent dépecés dans lesquels on s’engouffre pour deux fois rien. Un monsieur respectable, une épaule en avant, coincé comme moi, l’autre épaule en avant afin de se tasser à cinq par rangée de quatre sièges.

Les strapontins, planchettes de bois qui, chez les chauffeurs les plus respectueux, sont recouvertes de mousse et du même revêtement que les sièges tellement défoncés qu’on pourrait penser que la pièce prise pour fabriquer le strapontin a été découpée dans une partie de chacun d’eux.

Strapontin double à l’arrière du véhicule car il n’y a que trois sièges et le monsieur respectable, me confiait donc, entre deux chansons rétro que le haut parleur en bois du même acabit que ceux que je fabriquait pour ma « chaîne stéréo » quand j’avais dix huit ans, nous hurlait en saturation. Il me disait que ce transport lui coûtait moins cher que son automobile.

Soit !

Il faut aimer la promiscuité, les serrages de fesses, les collages à la vitre ou la place du milieu les épaules en avant car les culs sont rentrés mais les hommes sont plus larges du haut et même en quinconce tout ne peut s’aligner.

Il faut aimer les gens, leur odeur du moment, qu’elle soit de cigarette ou de lotion, de coco, de fumée, de pharmacie parfois, de praline ou de chocolat, de sueur aigre quelquefois, aimer tous ces gens là.

IMG_0012.JPGLe magasin M  n’existe plus depuis des années mais la station porte encore le nom, c’est comme une tradition.

C’est l’heure où la nuit tombe comme le DZAMA dans les verres « ZORO FIRA RAZANA » pour la goutte versée en honneur aux ancêtres*.

En haut d’une volée de marche, la boutique est remplie de travailleurs tous un peu las de leur journée démarrée bien souvent dés cinq heure. La rue est encore pleine de bruits, de mondes, de marchands, de voitures, de chariots encombrés, de piétons tous pressés. MORA MORA² dixit le guide de voyage que j’ai trouvé d’occase chez un dealer de book et qui repose dans mon petit sac à dos avec mon bloc et des crayons et un vieux gilet pour s’il fait froid.

Le bar est perché en haut de quelques marches en béton juste derrière le stationnement des pousse-pousse  vides de tout chargement. Sur le trottoir, à même le sol, des étals de légumes et de fruits, de poissons séchés, de riz blanc, de riz brun, de haricots divers, des gamelles, des bidons pour les vendeurs d’essence au litre.

Le ballon transparent des pompes à main qui plongent dans le baril renvoie les étincelles des phares qui s’allument. Le soir tombe comme les paupières de ceux qui ont trop bu de rhum.

Dans le bar, l’ambiance elle aussi est allumée d’éclats de voix. C’est comme partout, on parle de football, de PMU, de politique un peu, des femmes souvent, des salaires bien trop bas et de la vie qui est, depuis des siècles, chaque jour plus dure.

Les hommes se lâchent et grognent sur les patrons, sur la circulation et les embouteillages trop nombreux à Tana. Il faut dire que ça roule partout mais pas vite. L’avantage de ce train est qu’il limite les accidents qui bien rares ameutent comme partout une foule colorée et curieuse. Tana qui s’éteint la nuit, vide ses rues comme les dernières rasades de rhum, noie les regards d’une brume étrange comme les VAZANA ces génies légendaires.

 

*dans les maisons, la première goutte d’alcool est versé au nord est pour les ancêtres ZORO coin qui fait le cœur, FIRA qui fait penser à, RAZANA les ancêtres.

 

²MORA MORA (pas la peine de s'énerver, pas la peine de s'exciter, ça va le faire.....) Doucement doucement en créole Réunionnais

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