15.11.2008
magnifique
Demis ROUSSOS, Julio EGLESIAS et ouf, Florent PAGNY se succèdent dans une série de chansons d’amour qui passent en fond sonore dans la gargotte où je me suis posé dans mon errance.
Quatre tables carrées en bois, peintes et bancales occupent la pièce centrale où trône le coin bar grand comme une guérite, un semblant de guichet plexiglas, des étagères chargées de SAMBO, de DZAMA, de THB rouge, vert et bleue encadrent un vieux frigo qui dût être blanc et dont le flanc arbore la liste des prix.
Sur la tête du frigo, tout en haut, les bouteilles de whisky, de simili et de soda en litre. grand modèle, des GM comme on dit ici, sagement alignées, respirent la poussière de la rue.
L’ambiance est sympathique, dans l’arrière salle, perché carrelée en haut d’une marche. Elle est pleine d’une grande table rectangulaire entourée par une bande de copains qui refont le monde en d’âpres discussions échauffées par la bière et le rhum, apaisés par les pattes de poulet qu’on grignote à pleines dents, à pleines mains.
Dehors le flot de voitures la file épaisse des taxis be s’est apaisé. Les odeurs de brochettes de zébu on remplacées celles des gaz d’échappement, le bruit de la foule des passants à remplacé les chuintements des autos, les klaxons, les appels des contrôleurs rabattant de la voix le possible client harassé de sa marche.
La fumée du charbon de bois à remplacé les volutes d’essence et de gaz oïl, les ombres s’étirent comme les raclement des savates sur le trottoir où les derniers vendeurs de fripes s’éclairent à la bougie et se réchauffent autour des poêles à charbon en se frottant les mains.
Vendredi soir début des magnifiques.*
Dix huit heure la nuit est tombée sur Tana et pourtant il y a toujours autant de monde dans la rue.
Magnifique est la lune qui d’un clin d’œil mutin éclaire les flaques d’eau couleur bitume.
Magnifique le reflet des grosses voitures aux roues brillants miroirs tournant dans la soirée.
Magnifique les yeux écarquillés des Quatre Mi aux habits couleur de fumée.
Magnifique les habits de ceux qui vivent dedans et qui vont « sortir »
Magnifique le sourire de ceux qui vivent dehors.
Magnifiques sont ils en habit de poussière, aux cheveux mal coiffés aux bouches prêtes à mendier pour une simple bouchée.
Magnifique le riz qui réchauffe le ventre.
Magnifique la vie qui coule dans le rhum.
DZAMA
Magnifique est la vie qui s’engouffre
Magnifique est la vie
Magnifique toi aussi !

*la fin de semaine, le oui kaine, à Madagascar et principalement à Tananarive les vendredi soir samedi et dimanche sont appelés les magnifiques car tout le monde se fait beau pour sortir ou aller en famille.
14:26 Publié dans Tana | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : antananarivo, tana, bar, soirées
10.11.2008
Bar de soir espoir

Tanjombato quartier magasin M station arrêt de taxi-bé ces minibus surchargés et souvent dépecés dans lesquels on s’engouffre pour deux fois rien. Un monsieur respectable, une épaule en avant, coincé comme moi, l’autre épaule en avant afin de se tasser à cinq par rangée de quatre sièges.
Les strapontins, planchettes de bois qui, chez les chauffeurs les plus respectueux, sont recouvertes de mousse et du même revêtement que les sièges tellement défoncés qu’on pourrait penser que la pièce prise pour fabriquer le strapontin a été découpée dans une partie de chacun d’eux.
Strapontin double à l’arrière du véhicule car il n’y a que trois sièges et le monsieur respectable, me confiait donc, entre deux chansons rétro que le haut parleur en bois du même acabit que ceux que je fabriquait pour ma « chaîne stéréo » quand j’avais dix huit ans, nous hurlait en saturation. Il me disait que ce transport lui coûtait moins cher que son automobile.
Soit !
Il faut aimer la promiscuité, les serrages de fesses, les collages à la vitre ou la place du milieu les épaules en avant car les culs sont rentrés mais les hommes sont plus larges du haut et même en quinconce tout ne peut s’aligner.
Il faut aimer les gens, leur odeur du moment, qu’elle soit de cigarette ou de lotion, de coco, de fumée, de pharmacie parfois, de praline ou de chocolat, de sueur aigre quelquefois, aimer tous ces gens là.
Le magasin M n’existe plus depuis des années mais la station porte encore le nom, c’est comme une tradition.
C’est l’heure où la nuit tombe comme le DZAMA dans les verres « ZORO FIRA RAZANA » pour la goutte versée en honneur aux ancêtres*.
En haut d’une volée de marche, la boutique est remplie de travailleurs tous un peu las de leur journée démarrée bien souvent dés cinq heure. La rue est encore pleine de bruits, de mondes, de marchands, de voitures, de chariots encombrés, de piétons tous pressés. MORA MORA² dixit le guide de voyage que j’ai trouvé d’occase chez un dealer de book et qui repose dans mon petit sac à dos avec mon bloc et des crayons et un vieux gilet pour s’il fait froid.
Le bar est perché en haut de quelques marches en béton juste derrière le stationnement des pousse-pousse vides de tout chargement. Sur le trottoir, à même le sol, des étals de légumes et de fruits, de poissons séchés, de riz blanc, de riz brun, de haricots divers, des gamelles, des bidons pour les vendeurs d’essence au litre.
Le ballon transparent des pompes à main qui plongent dans le baril renvoie les étincelles des phares qui s’allument. Le soir tombe comme les paupières de ceux qui ont trop bu de rhum.
Dans le bar, l’ambiance elle aussi est allumée d’éclats de voix. C’est comme partout, on parle de football, de PMU, de politique un peu, des femmes souvent, des salaires bien trop bas et de la vie qui est, depuis des siècles, chaque jour plus dure.
Les hommes se lâchent et grognent sur les patrons, sur la circulation et les embouteillages trop nombreux à Tana. Il faut dire que ça roule partout mais pas vite. L’avantage de ce train est qu’il limite les accidents qui bien rares ameutent comme partout une foule colorée et curieuse. Tana qui s’éteint la nuit, vide ses rues comme les dernières rasades de rhum, noie les regards d’une brume étrange comme les VAZANA ces génies légendaires.
*dans les maisons, la première goutte d’alcool est versé au nord est pour les ancêtres ZORO coin qui fait le cœur, FIRA qui fait penser à, RAZANA les ancêtres.
²MORA MORA (pas la peine de s'énerver, pas la peine de s'exciter, ça va le faire.....) Doucement doucement en créole Réunionnais
02:40 Publié dans Tana | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tananarive, dzama, tanjombato, taxi
09.11.2008
Trois fois rien
Ils ont entre trois et huit ans, ils sont nés dans la rue, dormant sur les trottoirs, respirant les fumées qui s’échappent des voitures.
De leur hauteur ils ne voient que les pieds des passants qui ne s’arrêtent jamais, poussés.
Ils sont une petite douzaine, comme des eux, fragiles, tassés les uns contre les autres pour ne pas avoir froid, ils se serrent pour se rassurer.
Ils sont, dans l’heure pas niais, découvrant le petit nid douillet où d’un battement d’elle cette maman poule, délicatement les a posés.
Peu à peu, pas appât elle a, comme elle a pu, assemblé quelques fétus de paille, juste pour les panser, les réchauffer, les protéger et pour qu’ils vivent encore.
Ils sont peu, c’est à la fois beaucoup pour elle et pas beaucoup pour eux car même si c’est un nid et qu’ils sont bien, ils sont bien sur la paille.
Elle les couve et les chauffe, rassurant d’une caresse, apaisant d’un regard tranquille, d’une classe maternelle.
Comme tous les poussins ils sont prêt à mordre, ils piaillent et se bousculent pour avoir à becqueter. Le moindre grain de riz arrosé de bouillon est vitement gobé, faisant renaître les rires, les jeux et les chamailles en effaçant les pleurs.
C’est presque rien.
Un verre de riz, un kapok*, pas grand chose, la nourriture du ventre, un tiers de votre monde quelque peu affamé.
Ils ne sont qu’une douzaine ramassé là et las, petits poussins perdus à peine sorti de la coquille.
*kapoka boite de conserve qui sert de mesure pour le riz (en général la petite conserve de lait concentré) (un mok en créole réunionnais)
PENDULES A L’HEURE
la consommation de riz à Madagascar est d’environ 120kgs par an et par habitant
soit environ 300grs (370 ariary ou 0,158 €) par jour par habitant.
le salaire moyen est de 109 834 ariary soit environ 46,00 € mensuel
(pour ceux qui ont un salaire)
Sources
http://www.odr-mg.net/ (observatoire du riz)
http://www.lexilogos.com/pratique_conversion.htm (conversion des devises)
http://www.madagascar-tribune.com/ (un des nombreux journaux locaux)
08:15 Publié dans Tana | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tananarive, mada, enfants, misére, 4mi, madagascar